Art Mosaico vous propose une nouvelle rubrique de blog consacrée aux portraits de personnalités de l’atelier et d’artistes mosaïstes. Pour inaugurer cette galerie, nous avons rencontré Bettina Abramowicz. Membre d’Art Mosaico depuis 2009 et Administratrice depuis 2017, Bettina est l’un des piliers de l’ASBL. Aux côtés de Gaëlle et Phuong, elle a formé une équipe essentielle qui a permis à l’atelier de traverser la terrible épreuve du décès de Jean-Christophe Duperron. Avec un subtil mélange de douceur, d’humilité, d’engagement et d’enthousiasme, Bettina incarne pleinement l’esprit qui fait vivre Art Mosaico aujourd’hui.
Une fibre artistique longtemps en filigrane
Si la création occupe aujourd’hui une place essentielle dans la vie de Bettina, son parcours a d’abord suivi une voie plus classique.
Attirée très tôt par le dessin, elle s’oriente pourtant, poussée par ses parents, vers des études universitaires à l’ULB, où elle obtient une licence en psychologie. Puis viennent le travail comme thérapeute, la vie de famille — Bettina est maman de deux enfants — et une priorité donnée à d’autres aspects de sa vie.
Mais la sensibilité artistique n’a jamais disparu. Elle trouve alors des chemins d’expression ponctuels : feng shui, théorie des couleurs, photographie… autant de façons de nourrir cette part d’elle-même.
C’est plus tard, autour de la quarantaine, que Bettina décide de donner une plus grande place à l’art dans sa vie. Elle découvre le scrapbooking, qui lui permet de mettre en scène les images qu’elle aime capturer. Une étape importante avant une nouvelle rencontre décisive.
Coup de cœur pour la mosaïque et équilibre retrouvé
Dans cette période de redécouverte artistique, Bettina croise la route de la mosaïque lors d’ateliers à Ixelles, animés à l’époque par Twix (Tuwizane Yengo). Le coup de cœur est immédiat.
Au même moment, Jean-Christophe Duperron (alias Jicé) ouvre l’atelier Art Mosaico, toujours à Ixelles. En plus de la mosaïque, Bettina y découvre un lieu à la fois accueillant, stimulant et profondément inspirant. Très vite, elle s’investit et devient régulière dans la pratique de cette nouvelle activité artistique.
Au fil des stages — notamment chez Art Mosaico et à Paray-le-Monial — et des rencontres, ce qui était un loisir se transforme peu à peu en une véritable ressource dans sa vie.
Car pour Bettina, la mosaïque a une dimension intime et essentielle. En tant que psychologue, elle y perçoit une force particulière : « Assembler des morceaux cassés pour faire quelque chose de beau. » Cette phrase résume à elle seule son rapport à la création. La mosaïque devient un espace à part, presque thérapeutique, une manière de s’extraire du quotidien, de se recentrer. Elle la définit volontiers comme un antidépresseur.
L’horizon qui s’élargit
Et puis, l’aventure artistique est aussi une aventure humaine. « Lors de mon premier stage à Paray-le-Monial, j’ai rencontré Hélène, dont le profil était assez proche du mien. Nous sommes devenues des amies proches et nous avons partagé de nombreux moments autour de la mosaïque, en stage à Bruxelles ou lors de voyages. »
Bettina souligne combien cette discipline lui a permis d’élargir son cercle d’amitiés et son horizon. Bien entendu, la rencontre de Jicé a été particulièrement marquante. Mais il y a aussi eu les visites d’expositions, la rencontre d’artistes, des voyages et d’autres expériences fortes, comme le projet de création collective d’une mosaïque sur l’île de Paxos. « Tout cela, je ne l’aurais jamais vécu sans la mosaïque ! »

Apprendre encore et toujours
Interrogée sur son propre travail, Bettina confie avec beaucoup d’humilité ne pas encore avoir trouvé sa « patte », un style qui serait reconnaissable. Elle explique combien elle s’appuie sur les contraintes et les instructions données pour composer un projet : « Pendant les stages, je me concentre sur l’apprentissage, sur la compréhension des consignes… peut-être au détriment de la spontanéité créative. »
En l’absence de direction imposée, malgré les années de pratique, l’angoisse de la page blanche est souvent présente. Mais une fois lancée, quelque chose se met en mouvement.

Par exemple, l’une de ses réalisations préférées est un portrait féminin réalisé lors d’un stage avec Marie-Laure Besson. « J’ai aimé le mélange des matières, des tailles de tesselles. Dans cette œuvre, quelque chose s’est passé. Une forme d’appropriation plus personnelle. »
Bettina ajoute, presque comme une confidence : « Je ne me considère pas encore comme une artiste. » Sans doute parce qu’elle n’essaie pas d’exprimer un message à travers son travail, d’y mettre une intention. Pourtant, l’observateur extérieur remarquera des convergences dans les créations de Bettina, jalonnées de portraits, de silhouettes… L’humain est souvent au centre.


Une nouvelle technique à explorer ? C’est ici le besoin de revenir régulièrement aux fondamentaux — les andamenti, le tracé des lignes — qui domine. Avec le sentiment que le geste n’est pas encore totalement naturel, pas complètement acquis.
Pour revenir au concept d’artiste, le premier nom qui vient dans la conversation est celui de Luca Barberini : « Au-delà de l’esthétique de son travail, j’aime l’idée qu’il utilise la mosaïque pour faire passer un message, pour faire réfléchir sur le monde dans lequel nous vivons. »
Les défis pour Art Mosaico

En tant qu’administratrice, Bettina s’est beaucoup investie dans la vie d’Art Mosaico et souhaite voir l’ASBL continuer à rayonner, à Bruxelles bien sûr, mais aussi au-delà des frontières belges.
Dans un paysage où les offres créatives se multiplient, elle souligne aussi l’importance de renouveler le public et d’attirer de nouvelles personnes prêtes, elles aussi, à se reconnecter à leur fibre artistique.
Un nouveau chapitre dans les Pouilles
L’année passée, fraîchement pensionnée et toujours aussi passionnée, Bettina suit un élan qui la mène en Italie. Elle y retrouve Sonia Mariens, une amie rencontrée à l’atelier qui a posé ses valises dans les Pouilles et y a installé un atelier de mosaïque. « Ce séjour a été un déclic : j’ai découvert que je pouvais pratiquer la mosaïque ailleurs qu’à Bruxelles. »
Rapidement, un nouveau projet de vie émerge. Son compagnon, séduit lui aussi par l’Italie, se laisse facilement convaincre.
Et les voilà installés depuis quelques semaines dans le centre historique de Nardò, dans un lieu plein de charme, à proximité d’un café littéraire. Leurs projets sont simples et essentiels : profiter de la vie, explorer leur nouvel environnement et, bien sûr, continuer à créer. « Cette fois, je vais travailler seule, dans mon propre atelier », confie-t-elle, mi-excitée, mi-intimidée.
Que ce soit en Belgique ou en Italie, entre rigueur et lâcher-prise, entre doute et passion, Art Mosaico souhaite à Bettina une belle continuation sur son chemin.

